Devons-nous réhabiliter les « fusillés pour l’exemple »?

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Rocles le 12 novembre 2016

« Apprenons à supprimer la guerre » peut-on lire sur le fronton du monument aux morts de la boucherie de 14/18, montré par un enfant.

Avant de vous parler de Rocles, nous allons tout d’abord faire un tour du côté de Gentioux où, sûrement le plus célèbre des monuments pacifistes se trouve.

A son fronton on peut lire : « Maudite soit la guerre » et tous les ans, pour le 11 novembre, s’y retrouvent différentes associations qui se battent pour la réhabilitation des fusillés pour l’exemple.

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Il y a aussi un certain nombre d’anarchistes. Peut-être un excellent moyen de se compter.

Toute l’histoire de ce monument est très bien expliqué sur le blog de Marchoucreuse23 sans qu’il soit vraiment nécessaire que j’en rajoute. LIRE ICI

Je voulais me rendre à Gentioux cette année car ça fait déjà quelques années que j’y pense mais  je n’ai, malheureusement, pas pu. Mais certaines personnes, présentes à Rocles, m’ont raconté qu’il y avait quelques contradictions entre ceux qui sont pour la réhabilitation et les anars.

Aujourd’hui, une copine de face de bouc m’a transmis un article du Monde Libertaire de 2009 LIRE ICI.

Cet article explique que maintenir « les fusillés pour l’exemple » non réhabilités nous permettrait de mieux se souvenir d’eux et éviter de nous rendre la guerre plus « acceptable ».

A Rocles, j’ai écouté attentivement le témoignage d’un petit-fils d’un « fusillé pour l’exemple ». C’était vraiment touchant. Il expliquait comment sa grand-mère s’est retrouvée au ban de la société parce qu’elle était la femme d’un lâche ! Comment il a été difficile de vivre sans la pension de veuve de guerre ! Comment il était dur aux enfants de se rendre à l’école sans être conspués !

Ce n’est pas parce qu’ils ne voulaient pas mourir pour rien ni pour les puissants de ce monde que ça faisait d’eux des lâches.

Alors oui, sans doute fallait-il les réhabiliter. Et une quarantaine l’ont été assez vite.

En les réhabilitant, leurs noms se trouvent désormais sur les monuments aux morts sous l’inscription : Mort pour la France (ou la patrie. D’autres variantes sont possibles.)

Et c’est bien là que le bât blesse ! Ils ne sont pas morts POUR mais PAR la France !

Alors, 100 ans après, faut-il toujours le faire ?

Il y a eu plusieurs intervenants, La Libre Pensée, le maire, une conseillère départemental, l’association des amis de Pierre Brizon et Vincent de la FSU.

Je vous mets, ci-dessous, une partie du texte de Vincent qui fait partie du collectif :

…/… »En ce jour, le centenaire de 1916 est celui du moment où l’Europe épouvantée réalise qu’elle est en train de s’autodétruire.

C’est l’année de Verdun, ce honteux carnage de toute la jeunesse rurale de France et d’Allemagne, qui trop longtemps fut présenté dans nos manuels d’Histoire comme la victoire qu’il n’a jamais été.
En pleine bataille de Verdun, trois députés socialistes français, dont le député de l’Allier Pierre Brizon, se rendaient à la conférence internationaliste de Kienthal, en Suisse, dont Pierre Brizon rédigea le manifeste, magnifique texte en appelant aux « paysans qui semaient le blé rouge à travers les campagnes », et s’écriant : Peuples qu’on ruine et qu’on tue, debout contre la guerre. Et c’est suite à cela qu’en pleine bataille de Verdun les trois députés se mirent à voter contre les crédits de guerre à l’Assemblée nationale, preuve que quand on veut, on peut toujours.
1916 fut donc l’année de Verdun et de Kienthal, et du massacre génocidaire des Arméniens et des Assyriens commis par l’armée turco-ottomane, et de la première insurrection contre la guerre, le soulèvement national Irlandais de Pâques à Dublin, annonciateur des prochains orages, voyant l’impérialisme britannique assassiner James Connoly, Padraig Pearse et leurs camarades.
Chaque année centenaire qui passe commémore un centenaire un peu plus révolutionnaire que le précédent, la guerre engendrant son contraire, la révolution pour la paix, la révolution pour la vie, la révolution pour l’amour, la révolution pour l’humanité, mais l’engendrant après l’avoir empêché, et l’engendrant en le marquant du sceau de sa barbarie que nous payons encore.

Nous en sommes donc au centenaire de 1916, et la réhabilitation totale et collective de tous les fusillés pour l’exemple de 1914-1918 n’a toujours pas été faite par un gouvernement et une assemblée nationale qui auraient pu l’effectuer et qui sont maintenant en bout de course.
Répétons-le, la tache et le déshonneur qu’il s’agit d’effacer par cette réhabilitation ne sont pas ceux des fusillés. Leur honneur à eux est sauf : victimes ou justes combattants contre la guerre, l’union sacrée et leurs profiteurs, leur honneur devant l’histoire, devant la mémoire, et devant la morale, est totalement assuré.
La tache et le déshonneur dont il est question sont ceux qu’inflige l’Etat impérialiste français à la République, en répétant chaque année des cérémonies commémorant ses exploits guerriers tout en refusant cette réhabilitation collective, politique et juridique. Et c’est donc la République, la vraie, la République laïque, démocratique et sociale, celle qui veut l’union des peuples libres et souverains, que nous défendons par ce combat.
Imposer à l’Etat la réhabilitation totale des fusillés, de nos fusillés, avant que ne se terminent les années centenaires de 1914-1918, devient ainsi un objectif d’une actualité brûlante, car ce combat contre la guerre et contre l’union sacrée intervient dans un monde où, plus que jamais, malheureusement, les spectres de la guerre sont là, engendrés par le capitalisme comme la nuée engendre l’orage, ainsi que le disait le premier mort français de la grande boucherie, Jean Jaurès »…/…

LE TEXTE EN ENTIER

Je pense, pour ma part, qu’il ne faut pas tout confondre. Les personnes présentes à Rocles, comme à Gentioux et comme dans une centaine d’autres communes à travers la France où se trouvent des monuments pacifistes, étaient bien là pour dénoncer la guerre, ses atrocités et tout ce qu’elles engendrent de néfastes.

Un truc m’a quand même un tantinet titillé l’esprit : la présence d’anciens combattants porte-drapeaux. Drapeaux que certaines personnalités sont venues saluer. Sûrement mon côté libertaire !!!

Ensuite nous avons entonner la célèbre chanson de Craonne

Je finirai par cette citation de Paul Valéry qui résume bien, à elle seule, Ce qu’est le guerre :

« La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. »

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