Mai 68… 50 ans déjà ! On remet ça ?

A la mémoire de ceux qui ont lutté pour un monde meilleur !

Hier, vendredi 4 mai, avaient lieu à Germinal (salle de Désertines), une projection et un débat sur les évènements de 68 dans l’Allier. Un département culturellement (pendant de très longues années) de gauche. Du fait de son bassin industriel, des forges, des mines et même des paysans qui étaient plus souvent fermiers ou métayers que propriétaires. Je pourrais vous parler de Christophe Thivrier, de Marx Dormoy ou d’Émile Guillaumin mais là, n’est pas le propos d’aujourd’hui.

Ce jour était consacré à ce qui fit tremblé la bourgeoisie et, d’ailleurs, pas seulement en France.

En 68, j’étais jeune dans une famille ouvrière pauvre et le mot ne me fait pas rougir. Mon père était ouvrier à Dunlop et nous étions une fratrie de 5. Avec le maigre salaire de mon père, je peux vous assurer que les fins de mois étaient très compliquées en temps normal. En 68, elles sont devenues douloureuses. Mon père était à la CGT, comme son père avant lui à Saint Gobain. A cet époque, dans les familles dites rouges, souvent les militants étaient aussi au PCF. Mon père en a fait des piquets de grève. Et, ensuite, il s’occupait de son jardin ouvrier pour aider à notre subsistance. Les journées étaient longues et les nuits très courtes. Pendant ces quelques semaines nous le voyions peu.

Hier, au début du film documentaire, dont la qualité était somme toute assez moyenne, j’ai cru le voir sur une photo devant l’usine Dunlop. L’image étant assez floue, je ne peux être sûr mais ça a permis de me remémorer certaines choses. Comme le fait qu’il faisait le trajet à bord des fameux bus bleus de Dunlop et, par la suite, avec une mobylette, bleue également, car il n’avait pas le permis.

Après la diffusion, drôle parfois et émouvante, où la CGT avait invité Philippe Martinez (non, je ne ferai aucune polémique ici), il y eu un débat avec des militants de l’époque comme Roger Tindilière entre autres et d’aujourd’hui comme Alexia Mambié (ça, c’est juste pour un clin d’œil).

Une agréable soirée, dans l’ensemble, où nous étions 4 sudistes au milieu d’un nombre conséquent de militants CGT et/ou communistes mais nous n’avons pas craint pour nos vies (ouf !) même s’il m’est arrivé d’avoir eu quelques tensions avec certains… mais c’est de l’histoire ancienne. J’ai, heureusement, beaucoup de copains et copines parmi eux, même si je ne partage pas leur mode de fonctionnement hiérarchique par exemple et même si ma pensée de plus en plus anarchiste peut choquer… même parmi les sudistes, je vous rassure… ou pas.

2 photos de la sono écolo de Solidaires03… ça sert à rien d’avoir un camion ou une voiture vue le nombre de militants venus à l’occasion. De là à dire que la Révolution ce n’est pas pour demain…

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ?

Nous avons toutes les conditions réunies et pourtant ça coince toujours. Les riches sont de plus en plus riches, les pauvres de plus en plus pauvres. Les seuls qui subissent les revers de la crise économique sont, comme d’habitude, les plus faibles. Des révoltes partout dans le monde ! Les libertés bafouées ! Des militants fliqués, arrêtés, battus dans tous les pays sans exception. Les flics de plus en plus armés, les contestations de plus en plus étouffées, des dispositifs de plus en plus impressionnant contre les manifestants, les zadistes et autres militants pour une vie meilleure ou solidaires des plus faibles. La planète détruite par tous les abus des profiteurs qui ne pensent qu’à s’enrichir continuellement en dévastant tout sur leurs passages.

C’est ça qu’on veut pour nos enfants, nos familles, nos vies ?

Alors, inévitablement, je vais vous parler des manifs et tout particulièrement de celle du 1er mai… ben oui, j’ai tellement lu et commenter de conneries à ce sujet que, forcément,… et, à ce sujet, je viens de lire un bon texte d’une camarade, Zahra, et je me suis dit qu’il était tellement bien que je n’avais pas grand chose à ajouter.

Zahra :

“Je tenais ici à apporter quelques rectifications….

La première, sémantique, le black bloc n’est pas à mettre au pluriel. Les “blacks blocs” n’existent pas. Le black bloc est une tactique de manifestation dans lequel on retrouve deux composantes. Le “black” qui sert à l’anonymisation des personnes ne permettant pas facilement à l’identification grâce aux diverses vidéos (dont les caméras de surveillance) ou témoignages. Le “bloc” comme unité. Il est très difficile pour les forces de l’ordre d’affronter un bloc compact. Vous avez tous remarqué que les forces de l’ordre, et encore plus en ce moment, ont tendance à morceler les défilés pour mieux les disperser, les attaquer parfois, les violenter souvent (je me demande même si ce n’est pas une tactique afin de faire réduire le nombre de participants). Un bloc en tant qu’unité ne permet pas non plus les exfiltrations par les groupes d’interventions (GI) ou les RG. Ce bloc est aussi le premier rempart de protection de la manifestation. Ce bloc ne réagit qu’en fonction des agissements des forces de l’ordre. S’il est attaqué alors il riposte.

Ce n’est pas quelques vitrines qui doivent vous faire pleurer et condamner le black bloc.

La seconde, vous devez vous rendre compte que dans le black bloc on retrouve toute la société. Des travailleurs, des chômeurs, des étudiants, des lycéens, des hommes et des femmes. Le black bloc n’est pas une masse de “casseurs” comme le laissent entendre les médias, mais bien des gens comme vous et moi, comme vos enfants. Ce ne sont pas des paumés qui viennent casser à tout va. Leurs cibles sont bien définies (banques, assurances, Mac Do, mobilier urbain publicitaires, etc). Ils ne s’en prennent JAMAIS aux personnes (sauf aux forces de l’ordre mais en tant qu’entité armé du capitalisme et aux fascistes d’extrême-droite qu’ils combattent). Ces jeunes ont reçu une éducation et ont choisi cette violence envers des biens matériels comme acte politique. Si c’était des casseurs alors tous les magasins sur le chemin seraient cassés et autres. J’ai vu des petites épiceries rester ouvertes malgré la présence du black bloc et rien n’a été tenté contre elles, idem pour les cafés ou restaurants.

Enfin, la question n’est pas de savoir s’il faut ou pas les accepter dans les cortèges des manifestations, mais pourquoi en sont-ils arrivés à ce radicalisme politique ?

Combien d’entre-vous se sont dit : “Voter droite ou gauche, c’est la même chose, à quoi bon”. On le voit sur la loi travail par exemple. Notre jeunesse s’est levée en masse, très grande contre ce projet. Nous parents étions fiers de voir notre jeunesse se lever pour défendre dans la rue leurs droits et nos droits. Combien d’entre vous avez pesté face à la violence policière face à nos étudiants dans les facs, lors des manifs ? Devant votre écran, vous aviez envie d’y aller pour défendre nos gamins au risque de devenir à votre tour violents face aux forces de l’ordre. Ils ne croient plus en ce processus démocratique tel qu’il est actuellement, dans la 5ème république. Nos gamins sont confrontés à une violence extrême de la part de la société à leur encontre (violence sociale, sociétale, raciale et j’en passe).

Le capitalisme a trouvé en macron son ultime arme et ces jeunes les rejettent violemment.

Qu’avons-nous à leur proposer comme échappatoire à cette forme de radicalisation ? La loi travail, malgré la mobilisation a été votée et est passée. Nos jeunes n’ont plus d’espoir face à ce monde politique tel qu’il est actuellement, ils rejettent la société consumériste et capitaliste telle qu’elle est. Demain, nous allons fêter le 5 mai, date à partir de laquelle la France vit à crédit sur l’environnement (alors que pour la planète elle est fixée au 2 août), soit un trimestre en moins encore !

Donc plutôt que de stigmatiser les violences sur un Mac Do, sur une vitrine (ayons une pensée aux familles des vitrines), pensons à ce que nous pouvons leur proposer afin qu’ils retrouvent foi en notre société et en son fonctionnement démocratique. Å travers eux, nous devons aussi faire notre auto-critique sur nos moyens d’agissements pour faire bouger les choses. Ces jeunes sont aussi pour une part votre côté noir de votre personnalité quand vous avez des sentiments d’injustice et des envies de révolte.

Une grève générale du pays permettrait en une semaine de faire reculer le gouvernement macron à coup sûr car ce système ne connait que la violence extrême.

Alors oui nous pouvons continuer à manifester notre mécontentement, mais au final, les “réformes” passeront comme pour la loi travail. Il aurait fallu déjà à l’époque avoir une mobilisation dès le vote fait. Nos jeunes se sont sentis trahis par leurs aînés.

Nos dirigeants politiques ou syndicaux n’arrivent pas à une unité, mais nous pouvons leur imposer en nous mobilisant nous-même sans attendre de mot d’ordre. Vous voulez récupérer cette jeunesse, alors battez-vous avec elle, entrez en grève, allez dans les facs les soutenir. Montez leur que vous êtes à leurs côtés.”

Voilà… c’est tout pour aujourd’hui.

Alain l’Anar

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *